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Archive for the ‘Littérature étrangère’ Category

crimes-von-schirachQue ce soit dans « Les pommes » où le personnage principal est poussé à bout par la hargne de sa femme. Dans « Le violoncelle » où l’amour filial entre une sœur et un frère est poussée dans ses derniers retranchements ou encore dans « L’éthiopien » où le désespoir conduit un homme dans le fond du baril. Peu importe parmi les 11 nouvelles de ce recueil, celle dont je choisirais de vous parler, elles sont toutes plus bouleversantes les unes que les autres. D’autant plus quand on sait qu’elles sont véridiques. En effet, son auteur Ferdinand von Schirach est avocat de la défense au barreau de Berlin. Il a choisi de nous raconter onze histoires criminelles tirées de son quotidien.

Cela pourrait être « ordinaire » ou encore « macabre », pas du tout. Grâce à la force de sa prose qui nous détaille les faits sans détour mais aussi avec la grande humanité dont il fait preuve face à la misère de notre monde. Un grand livre. Un coup de cœur de mes lectures estivales!

Crimes, Ferdinand von Schirach , éd. Gallimard, c2009, 2011, 215 p.

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    Une jeune islandaise, dans la trentaine, mariée, traductrice parlant onze langues qui, selon sa mère, a apprises en respirant l’air du temps, un matin  son mari lui annonce : Ça ne va plus, tu es comme un livre fermé, j’ai mal au cœur. Pour une compagne de travail, maintenant enceinte, il la quitte.  Décidément, un jour de malchance, elle y  perd,  son mari et son amant.

« Je feins de ne pas le voir embarquer des livres que j’avais reçus à quelque distribution des prix, pour avoir été bonne en tout, pour n’avoir été particulièrement bonne en rien de spécial, pour avoir du mal à préférer une chose à une autre, pour ne pas savoir exactement ce que je voulais à cette époque de ma vie, ce qui, dans le fond, n’a peut-être pas beaucoup changé. »

Une amie lui confie son fils de quatre ans, Tumi, une tête singulièrement grosse par rapport au tronc fluet, les omoplates un peu en arrière.  Équipées d’un appareil auditif vieillot pour un si jeune enfant, les oreilles décollées dépassent ses cheveux. Le garçonnet porte également des lunettes attachées derrière les oreilles par des branches à ressorts qui voisinent avec les prothèses auditives. Les yeux remplissent presque les verres correcteurs. Son aspect attire l’attention et suscite souvent la compassion.

La traductrice en vacances, trompant les statistiques, gagne deux loteries : je vois s’ouvrir de nouvelles possibilités, de nouveaux plans de voyage.  Peut-être devrais-je tenter de découvrir l’île en hiver, profiter de la clarté déclinante, faire durer le jour si court, esquisser quelques pas hors de la voiture de temps à autre, dans la nature en friche, aller en même temps jusque dans l’est du pays.  Cela fait dix-sept ans que je n’y suis pas retournée. Les deux âmes solitaires partent à l’aventure.

L’auteure de Rosa Candida, prix des Libraires québécois 2011, nous offre ce singulier road trip  rempli de tendresse, d’autodérision, d’humour, une grande qualité difficile à cerner, cette jeune femme, cet enfant qui au fil des pages deviennent si attachants, cette aura de grande générosité, d’insouciance, de liberté, qui au fil des pages ensorcelle son lecteur.

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David Grossman présente une israélienne, Ora, mère de deux fils, l’un Adam partit à l’aventure avec son père à travers le monde, l’autre Ofer, le  plus jeune, était le gardien de son enfance et de sa jeunesse, raison pour laquelle elle en avait fait le dépositaire de ses secrets.

Ofer, même après son service militaire terminé, se réengage pour une mission en Palestine. En sacrifiant allègrement sa petite équipée au Nord d’Israël avec sa mère longuement planifiée.

Ora, malgré tout, décide de partir en randonnée champêtre pour la Galilée, accompagnée d’Avram, un amour d’autrefois. On ne la retrouvera pas. S’il est impossible de l’atteindre, alors son fils ne risque rien. Mais la logique de cette pensée lui échappe. Sa vague intuition se précise : elle doit disparaître, tant qu’il sera là-bas.  Voilà c’est le mode d’emploi.  Tout ou rien.  Tel un serment d’enfant. Un pari fou sur la vie. Le colis sera retourné à l’expéditeur, la roue s’arrêtera momentanément. Mais  la triste nouvelle lui  sera renvoyée aussitôt après.

Votre fils Ofer qui exécutait une mission opérationnelle…

Un refus catégorique d’une mère.

Une écriture des plus minutieuses, très détaillée, un roman complexe, d’une grande densité. Médicis Étranger 2011, une acclamation universelle. Mais, malheureusement, le courant n’est pas passé. Ses qualités se sont développées en d’insupportables défauts.  Un roman qui, au fil des pages, est devenu beaucoup trop laborieux. Dommage.

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Notre narratrice, c’est MOI, une femme qui nous découvre son univers : Ressembler à un humain standard allait me demander de nombreuses années, beaucoup d’efforts et de discipline. De fait aujourd’hui, à 41 ans, je n’y suis pas encore parvenue. Le monde d’humains standard : une bulle où n’est réellement vu et entendu que ce qui est humain, où rien n’importe hors de l’humain, où tout le reste est paysage, marchandise ou nourriture.

Tante Isabelle hérite de sa sœur une entreprise de thon appelée Atunes Consuelo, située à Mazatlán, Mexique. Consuelo : Consolation, le nom le plus inadapté pour la pêche industrielle de la planète. Elle a hérité également de sa nièce, Karen. Isabelle s’est donnée pour mission de transformer cette chose en être humain. Une fillette qui ne parle pas, se contente de grogner, refuse les couverts, mange avec les doigts, même du sable mouillé. Une autiste irrécupérable, avec quelques pointes de génie. C’est  MOI.

«Voilà comment je suis née, Moi, un 21 août 1978, face à la mer, en criant Moi à pleins poumons, complètement formée et tondue, tout à sa place, y compris les socquettes et les sandales.» Son premier travail à la conserverie a été d’essayer tous les uniformes. « Moi, ce que je veux, c’est voir si les uniformes de l’usine me vont. L’uniforme de camionneur, du docker, d’ouvrière de marin, mais un attitre particulièrement  son attention, une découverte qui influença son parcours. Celui de plongée. Une combinaison en néoprène bleu : Et moi, toute entière étendue au fond du sable de l’océan, je me mets à exister. À être. » Un certain Monsieur Gould, milliardaire, vient rencontrer Tante Isabelle et  celle que l’on surnomme désormais Mademoiselle Capacités différentes pour lui présenter un plan de redressement pour sa conserverie moribonde. Et l’univers de la pêche industrielle du  thon s’en trouvera transformé…

Sabina Berman, Mexicaine juive, poétesse, dramaturge et réalisatrice, nous offre ici un très séduisant roman. Parfois moraliste, philosophique, écologique, humoristique, étrange, atypique, génial, attachant, original comme on les aime, on le quitte avec un manifeste regret.

 

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Un nord très norvégien où le froid, la neige, la noirceur, l’ennuie, l’éloignement, règnent en maître,  Deux nouveaux arrivants,  quelques mois à peine, une mère célibataire et son fils.  L’instant d’une nuit dans ce petit bourg isolé, l’auteur exploite brillamment ce thème universel, la solitude.

Une mère, un  fils se partagent abruptement le texte, sans transition, désorientant son lecteur.

Vibeke, mère.  Elle sent le besoin d’un bon livre, bien gros, du genre qui semble plus fort et plus réel que la vie elle-même. Trois livres par semaine, souvent, quatre, cinq.  Elle aurait voulu pouvoir passer son temps à lire. Assise sur le lit sous sa couette, avec du café, plein de cigarettes, en chemise de nuit chaude. Vibeke est conseillère à la municipalité.  « C’est important de travailler sur l’identité et l’appartenance pour contrecarrer l’exode, et, dans ce contexte, la culture est un instrument bien adapté.»

Jon, fils, aura neuf ans demain.  Il le sent dans son ventre, il le sent remonter aussi dans sa bouche, mais il ne le dit pas. Il sourit.  Un garçon de sa classe a eu une boîte d’avions de chasse pour son anniversaire, il y a quinze jours.  Jon voudrait un train. Märklin.  Dans un premier temps, il a juste besoin de quelques pièces, un simple chemin de fer et de préférence une locomotive. Il s’allonge sur le lit et ferme les yeux.  Il se dit que quand il ne pense à rien il doit faire complètement noire dans sa tête ; comme dans une grande pièce où les lumières sont éteintes.

Un talent très particulier, très inhabituel, étonnant par sa dimension, par la création de cette atmosphère tout à fait unique, lourde, froide, oppressante, cette tragédie tapie, latente, cette incursion minutieuse d’une simplicité exemplaire.  Un coup de chapeau reconnaissant aux Éditions Les Allusifs pour encore une découverte de cette autre littérature.

Hanne Ørstavik, née en 1969, est l’une des voix les plus importantes de la littérature norvégienne. En 2002, elle a reçu le prix Dobloug pour l’ensemble de son œuvre.  Amour est considéré en Norvège comme un classique parmi les romans contemporains.  Il est traduit dans une quinzaine de langues.

 

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 Ingrid Dreyer, architecte, divorcée, mère. « Une femme célibataire qui a réussi et, aux yeux de certains, encore belle. Du moins, aux yeux de ceux qui lui importent, mais elle a trop maigri. On le voit avec la robe qu’elle a choisie pour la soirée, on voit son âge. Il y a quelque chose à la clavicule et à la peau des bras, mais pas seulement.  Le téléphone sonne, les pulsations de la tonalité lui semblent aussi étrangères que les meubles anonymes de la chambre. Le bourdonnement intermittent du téléphone lui donne l’impression d’être constamment surveillée. » Son fils a été arrêté dans une ruelle. Jonas  et ses camarades encerclaient un garçon à terre, un jeune arabe, et lui donnait des coups de pieds dans la tête et dans le ventre. Une autorité parentale absente ? Une responsabilité accaparante, une culpabilité envahissante ?

 « Quelque chose lui échappe, quelque chose d’invisible, de ténu, de fragile, quelque chose qui malheureusement, ne peut se dissimuler derrière le corridor dérobé et lustré de la religion, et qui ne relève pas davantage du civisme ou de l’autorité sanctionnée par l’usage. L’enfant que l’on a aimé, choyé, et protégé se métamorphose en petite brute butée.»

Et  pourquoi a-t-elle divorcé ? Un amant marié beaucoup plus vieux qu’elle, mais. «Une relation capable de lui faire oublier le temps et l’espace, tellement incompatible avec son image de femme ambitieuse, indépendante et cool, mais il n’y a rien à faire.» Une relation clandestine, illégitime, une culpabilité, un mensonge qu’elle ne peut supporter. 

Quatre jours en mars, du jeudi au dimanche, un immense retour vers des passés, celui d’Ingrid, de sa mère et de sa grand-mère, une profonde exploration psychologique de l’influence familiale, une immersion viscérale dans l’intimité, la complexité, la fragilité féminine. « Elle n’a pas l’impression de voir trois générations, plutôt des stades différents de l’âge, du vieillissement, de l’impuissance.  Bien entendu, comparée à sa mère, à sa grand-mère, elle est encore jeune, mais elle a passé le stade où l’éventail des possibles était le plus grand et le plus prometteur. »

Jens Christian Grøndahl, un  auteur masculin qui explore de façon magistrale toute la complexité du  féminin moderne. Un grand artiste de l’écriture. Une très belle découverte cet auteur danois, un roman qui définitivement, subjugue, impressionne

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C’est lors d’une réception célébrant l’anniversaire de Häkan Von Enke, ex-commandant dans la marine suédoise, maintenant à la retraite que ce dernier fait quelques confidences à Wallander, de vieilles histoires de près de trente ans, de sous-marins étrangers dans les eaux territoriales suédoises. Notre fin limier suédois découvre que la guerre froide est encore une réalité. « Tout avait commencé là.  L’histoire sur les dessous de la politique, le voyage en eaux troubles, où vérité et mensonge changeaient de place et où il serait bientôt plus possible d’atteindre la moindre clarté.»  Quelques mois plus tard, Häkan Von Enke et sa femme Louise  disparaîtront tour à tour sans laisser de trace.

Peuvent-ils avoir eu un secret qu’aucun de nous ne connaissait ? 

Mankell nous présente ici son héros vieillissant : pour la première fois, je mesure mes limites et mon âge. Je ne l’avais encore jamais fait jusqu’à présent.  Je n’ai plus quarante ans.  Le temps perdu ne reviendra pas.  Je dois m’y résigner.  Je crois  que c’est une illusion que je partage avec beaucoup de monde ; celle de croire qu’on peut, contre toute évidence, se baigner deux fois dans le même fleuve. Wallander ne voulait pas devenir un solitaire aigri, ni vieillir seul comme son père. Un homme vieillissant, inquiet de ce qui l’attendait au cours de la petite portion de vie qu’il lui restait à vivre.

On oublie ce dont on veut se souvenir et on se souvient de ce qu’on préférerait oublier… 

Mankell encore et toujours d’une construction et une structure exemplaire, semble nous donner son dernier chef-d’œuvre de son très attachant inspecteur fétiche. Je termine avec une bribe de la postface : comme beaucoup d’écrivains, j’écris pour rendre le monde plus compréhensible, d’une certaine manière.  De ce point de vue, la fiction est parfois supérieure au réalisme documentaire.

 

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