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Archive for the ‘Littérature française’ Category

la premiere chose Dans un petit village de France, un soir, Scarlett Johansson frappe à la porte d’Arthur Dreyfuss, un garagiste. Une rencontre improbable, un amour impossible? Grégoire Delacourt explore le rejet, l’abandon, la beauté, la solitude dans un roman d’amour tout simple, court où un malentendu peut devenir un drame…

Grégoire Delacourt nous avait donné L’écrivain de la famille et La liste de mes envies, celui-ci moins achevé m’a laissé un peu sur ma faim.

 

 

 

La première chose qu’on regarde, Grégoire Delacourt, éd. J.-C Lattès, c2013, 258

 

 

 

 

 

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Oh dijanMichèle, jeune cinquantaine, divorcée, cofondatrice d’une maison de production. Sa mère, soixante-quinze ans, vogue vers un remariage avec un homme trop jeune. Son père, emprisonné à vie que l’on surnomme le« Monstre d’Aquitaine » pour avoir abattu soixante-dix enfants dans un camp de vacances. Un ex-mari, parfois son meilleur ami, excellent tragédien, son meilleur public leur fils unique. Et ce fils exigeant la paternité d’un enfant qui n’est pas le sien. Tortueusement, Michèle assouvit sa sexualité avec le mari de sa meilleure amie. Mais, une nuit, chez elle, elle est sauvagement attaquée, puis violée.
Elle reçoit un message –«Je t’ai trouvée très étroite, pour une femme de ton âge. Mais bon. » – je tombe à la renverse. J’en ai le souffle coupé. Je le relis deux ou trois fois, puis je réponds : « Qui êtes-vous ?» mais je n’obtiens pas de retour.
Je ne suis ni déchirée, ni meurtrie. Plus ou moins irritée mais ça devrait passer. Je ne pratique pas la sodomie à la moindre occasion, si bien que j’ai légèrement saigné, mais ce n’est pas grand-chose. C’est maigre. Je n’ai aucune image. Le teneur du message, cependant, le ton – l’ironie, le tutoiement – et la tournure méprisante employés me font penser qu’il s’agit d’une punition – forcément liée à mon travail ou aux diableries de mon père – que m’adresse quelqu’un qui me connaît.
Michèle développe des sentiments étranges, pour le moins insolites face à son violeur : Et pourtant cette menace attire, tient en éveil, électrise au plus profond de soi. En fait, là tapi dans l’ombre, qu’il surgisse, et que nous en venions aux mains, que je me mesure à lui, de toutes mes forces, à coup de pied, à coups de poing, à coups de dents, que j’empoigne ses cheveux, que je l’attache nu au bord de ma fenêtre. Seigneur, comment puis-je avoir de si effroyables pensées.
Mais « Oooooh…… » que Djian nous réserve des surprises.
Du Djian, direct, qui étonne, mystifie, sans fioritures, un suspense qui agrippe son lecteur dans un tourbillon abracadabrant, invraisemblable, encore du Djian pure laine. Un finaliste dans de nombreux prix littéraires.

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      Il n’y avait qu’une seule vie.  Et j’avais choisi de contourner l’obstacle.  J’avais choisi de déserter.  Je n’en étais pas spécialement fier. Je n’étais pas fait pour le travail et la vie sociale. Comme si quelqu’un l’était. Comme si on avait le choix. En partant pour la Bretagne, j’avais enfoncé le clou.  Je m’étais fabriqué une vie de vacances – et, à ce titre, que mon choix se soit porté précisément sur une ville entièrement vouée au tourisme et rayonnant sur une côte où s’égrainait un chapelet de petites stations balnéaires ne relevait sans doute pas du hasard: j’y menais une vie hors saison, une vie en lisière de la vie.

Notre narrateur, Paul Steiner, quarantaine, auteur d’une dizaine de romans, scénariste de quelques films, issu de  la banlieue parisienne. Aujourd’hui, son monde s’effondre, un divorce, tout disparaît, s’absente. Sa femme, ses deux enfants, sa maison de pierre aux volets lilas. Selon sa femme, Paul n’était qu’un enfant gâté inapte au bonheur et à la légèreté, un type à qui la vie avait tout donné, de l’amour des enfants merveilleux une vie sans contrainte et vouée à l’écriture, et qui n’avait jamais su être à la hauteur de ce qu’on lui offrait.

       Ses parents vieillissants, sa mère hospitalisée, sa maison natale,  le ramène vers cette tristesse  dont les lieux où les souvenirs affluent : leur vie me plongeait dans une mélancolie poisseuse, une nostalgie douloureuse, typiquement le genre d’état que je détestais, qui me fragilisait, me rendait sentimental et me renvoyait une image de moi-même que je vomissais. Là-bas, il redécouvre ses amis du lycée, son amour de jeunesse, sa mère, son père, où « la France était devenu un pays de l’avant, « On n’est plus chez nous ». Il me semblait qu’un pan entier du pays vivait avec un œil dans le rétroviseur, la pédale sur le frein, la nostalgie d’un temps qui n’avait pas existé en bandoulière, du sépia plein les doigts.

       Un douzième roman, pour Olivier Adam, un goncourable non sélectionné, son bilan, son questionnement sur la France, son Paris et sa banlieue, son époque, sa génération, son présent, sa mélancolie. Mon préféré, encore et toujours cette morosité larmoyante qui le stylise si tendrement.

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22 novembre 1963, une date mémorable, l’assassinat de JFK, et celui où, un  adolescent au quotient intellectuel supérieur à celui d’Einstein, au gabarit hors du commun, mesurant déjà 2,20 mètres, deux parents absents, une mère alcoolique, un père remarié, tue froidement ses grands-parents avec une winchester de calibre 22 offert par son grand-père pour son anniversaire. Du fond de sa cellule, Al Kenner se raconte, se confesse. 

« À aucun moment, je n’imaginais que j’allais m’en sortir. Je souhaitais juste respirer un grand bol d’air avant de vivre ce qui m’attendait, la prison à vie, voire la chaise électrique.»

Diagnostic du tribunal : schizophrène paranoïde. Jugé irresponsable et confié à la California Youth Autority.

«J’ai fait cinq ans  d’hôpital psychiatrique. On m’a jugé irresponsable. Ce que je  conteste. La responsabilité, c’est la grande question de l’existence. Qui est responsable et qui ne l’est pas? Je plaide l’irresponsabilité générale pour l’humanité. Mais pas pour moi.

On tuait beaucoup sur cette côte à cette époque. Au début des années 70, ce syndrome de l’estuaire frappait la Californie. Je l’analyse à ma façon. Nous étions les enfants de l’après-guerre. Nos pères en avaient vu de belles dans le pacifique et en Europe, et les non-dits à l’intérieur des familles se dissimulaient derrière la prospérité.  La famille traditionnelle s’était souvent transformée en cauchemar, on voyait pour la première fois à la télévision des images de massacre en Indochine, l’aiguille de la boussole tournait affolée pour bien des jeunes qui ne savaient plus comment exister. Certains n’ont rien trouvé d’autre que de tuer, et en masse, comme si tuer une seule personne ne suffisait plus.»

Dugain inspiré par le tueur en série Edmund Kemper, début des  années 70, surnommé l’ogre de Santa Cruz, aujourd’hui emprisonné à perpétuité. L’avenue des Géants offre une formidable intrusion psychologique d’un tueur en série,  comme toile de fond, les années du mouvement hippie de la côte californienne.  Un roman captivant, une très belle réussite.

 «Romancer un personnage, c’est le trahir pour mieux servir ce que l’on ressent de sa réalité.»

 

 

 

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Héloïse Herschel, née en 1977 à  Ajaccio.

«La peau d’Héloïse est sans rides, sans histoires.  Ses longs cils noirs défendent des yeux de requin omniscient.  Héloïse a mille siècles.  Le visage éternel de l’humanité recommencée.   C’est un bébé éblouissant, né en juillet, en avance, à l’heure bouillante de la sieste, à l’hôpital d’Ajaccio, si brusquement que le docteur retenait de sa main gauche, lisse et gantée, le crâne échappé du sexe de Mirabelle, tandis que la sage-femme lui enfilait, à la main droite, l’autre gant de latex.» Héloïse est déjà amoureuse du docteur.

Héloïse,  jeune adolescente est précoce et encore follement éprise du Dr Lawrence Calvagh (chauve en gaélique), de quarante ans son ainé, ils deviennent rapidement, dangereusement, passionnés. Les amants ont de moins en moins peur.  Quelque chose les protège. Peut-être le gouffre du temps qui les sépare ou l’enfance immaculée. L’amant quant à lui,  lui qui a baisé la fille, la mère, la tante et la grand-mère. Il se demande comment revoir sa trop jeune maîtresse à Paris. Ses parents la laissent-ils aller chez des amies ? L’après-midi ? La nuit, n’y pensons même pas.  Est-ce qu’elle va le faire souffrir, le quitter pour un bébé de quinze ans à la peau bizarre, un grand enfant à la vois grave et aigüe ? Est-ce que ce sera au fond, comme toutes les autres fois ? Après la fièvre, l’excès de force et de foi, d’énergie et de pornographie, au premier chapitre de la passion amoureuse, il y aura des instants d’ennui, des silences, une phrase, bête, insidieuse, la peau décevante, quelqu’un d’autre ?

Un kaléidoscope d’émotions, d’époques, de générations, d’érotisme, de poésie. 

Derrière ces phrases courtes, savoureuses,  rythmées, racoleuses au vocabulaire parfois très cru, se perçoit, un style déroutant parfois choquant, un humour incisif. Émilie de Turckheim avec ce cinquième roman apporte un brin de folie, de fraîcheur, d’outrance, de sensualité, un vent de jeunesse balayant les conventions. Que de nombreux secrets nous cache cette jeune femme aux mirages angéliques! Les critiques sont partagées, on déteste ou on adore, mais on en sort sûrement pas indifférent, je l’ai tout simplement dévoré, un roman, une auteure à découvrir.

 

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Pour donner une différente tonalité à Mon traître publié en 2008,  inspiré d’une expérience très personnelle,  Chalandon prête la parole à Tyrone Meehan, 81 ans, combattant, prisonnier politique, héros et l’un des chefs de l’Armée républicaine irlandais,  en ce décembre 2006,  revient dans son village natal avouer sa traîtrise.

Notre narrateur en flash-back nous raconte son père violent, déçu de son Irlande, déchu par son alcool. Pat Meehan, en mai 1923 avait perdu la guerre, l’Irlande était coupée en deux, père de trop d’enfants, que l’Irlande ne pouvait nourrir. Pendant la Seconde Guerre, le père maintenant décédé, la famille quitte Killybegs pour l’autre côté de la frontière : Maman avait décidé de vendre la maison de mon père. Pendant des semaines, l’écriteau jaune et bleu est resté planté dans le gravier de notre allée.  Mais cette tristesse de pierres n’intéressait personne. Trop exiguë, trop éloignée de tout. Et puis la mort rôdait par là, la misère, la douleur de cette veuve à chapelet qui parlait à Jésus comme on rabroue son homme. Tyrone Meehan, seize ans, fils de Patraig et de la terre d’Irlande.  Chassé de son village par la misère, banni de son quartier par l’ennemi, joint l’IRA. Emprisonné dès l’âge de dix-sept ans : à cet instant, j’ai compris que ma vie suffoquerait entre ces murs captifs et ma rue barbelée. J’entrerais, je sortirais jusqu’à mon dernier souffle.  Mains libres, entravées, libérées de nouveau pour porter un fusil en attendant les chaînes.  Sans savoir si la mort m’attendrait dehors ou dedans.

Et trahir, ça a été difficile, inhumain. Ça a été trop grand pour moi. Alors ne me demande pas pourquoi, ce pourquoi, c’est tout ce qui me reste.

Tyrone Meehan a été enterré le 14 avril 2007, au cimetière de Belfast, accompagné de sa seule famille. Il a été tué à bout portant, d’un fusil  de chasse, par deux tueurs cagoulés.

Sorj Chalandon, journaliste, auteur de plusieurs romans dont Une promesse lauréat du Médicis 2006, Retour à Killybegs, remporte le Grand prix du roman de l’Académie française. Un  roman mémorable.

 

 

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   Il lui faut quarante minutes pour m’expliquer que ce qui m’arrive est une grande chance et un grand malheur. Je suis riche. Je vais pouvoir m’acheter ce que je veux. Je vais pouvoir faire des cadeaux. Mais attention. Je dois me méfier. Parce que lorsqu’on a de l’argent, soudain on vous aime. Soudain des inconnus vous aiment. On va vous demander en mariage. On va vous envoyer des poèmes. Des lettres d’amour. Des lettres de haine….(…) Je comprends de quelle maladie parle la psychologue. C’est la maladie de ceux qui n’ont pas gagné, ce sont leurs propres peurs qu’ils essaient de m’inoculer, comme un vaccin du mal. Je proteste. Il y a quand même des gens qui ont survécu…..

C’est le discours de la psychologue de la Française des Jeux, lorsque Jocelyne Guerbette va cueillir son lot de 18 millions cinq cent quarante-sept mille trois cent un euros et vingt-huit centimes. Elle avait déjà tellement attendu, jusqu’à la dernière minute en fait, pour réclamer son lot. Elle ne croyait pas vraiment en avoir besoin. Alors, Jocelyne se met à faire des listes: la liste de ses besoins, la liste de ses envies, la liste de ses folies et sa dernière liste. Quand on y songe, le bonheur reste quelque chose de tellement simple.

Après L’écrivain de la famille, Grégoire Delacourt nous revient avec ce petit roman, tout aussi prenant, émouvant et familial.

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt, éd. JC Lattès, c2012, 185 p.

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