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Chapardeuse

Lucy est une jeune bibliothécaire dans une ville obscure du Middle West américain. Elle est responsable du secteur jeunesse de la bibliothèque municipale. Au fil du temps elle s’est prise d’affection pour un jeune garçon de 10 ans, Ian, passionné de lecture.

Ian appartient à une famille de chrétiens fondamentalistes. Il n’a donc pas le droit de lire ce qu’il veut, du moins, d’après sa mère. Elle a fournit une liste des livres qu’il ne peut emprunter à la bibliothèque. Sur cette liste, Harry Potter….De plus, comme sa famille le soupçonne d’être gay, Ian doit fréquenter un camp de fin de semaine avec le pasteur Bob, chargé de ramener les « brebis » égarées dans le droit chemin.

Après s’être enfui de chez-lui, Ian part avec Lucy pour un road trip remontant vers le nord des Usa. Lucy l’a-t-elle enlevé? Pas vraiment!

À travers ce récit, l’auteur nous démontre le pouvoir de la lecture comme outil de liberté et de connaissance. L’auteur veut faire la démonstration du pouvoir des mots. Parfois les livres peuvent sauver des vies!

J’ai vraiment aimé ce roman. Les livres qui parlent de livres et de littérature, j’adore. Lucy qui refuse de dénigrer la famille de Ian à ses yeux, espère qu’il prendra conscience de lui-même du milieu auquel il appartient et pourra un jour s’en affranchir.

Pour les amoureux des livres et de la lecture!

Chapardeuse, Rebecca Makkai, éd. Gallimard, 2012, 367 p.

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Long silence

Après un long silence radio….. je devrais vous revenir bientôt. Les aléas de la vie m’ont tenus éloigner mais pas pour bien longtemps encore….

Merci!

Il y a un peu plus de deux ans (je ne sais trop la date exacte),  j’ai découvert la belle plume de Michel Laflamme. Depuis quelque temps mijotait dans ma tête, l’idée de me trouver un collaborateur pour nourrir ce blog. Cette découverte tombait pile. Suite à ma demande,  Michel accepta de publier ses écrits dans ce blog. Cet amant de la lecture,  boulimique (plus d’une centaine de titres lus par années) a nourri avec verve ce site. Ses choix éclectiques nous ont permis de découvrir de nouveaux auteurs, venant de plusieurs horizons et d’en redécouvrir d’autres déjà connus. Sa curiosité livresque nous amenait dans des zones inconnues. Car pourquoi parler de ce que tout le monde lit. Il fallait cette curiosité et cet intérêt pour dénicher les perles à travers le lot impressionnant de ce qui est publié. Il fallait surtout lire beaucoup, ce que Michel faisait déjà.

Je ne pourrais pas soutenir le rythme imposant qu’il a su maintenir ces dernières années et surtout pas avec ce talent d’écriture qu’il a.  Merci Michel pour ton apport considérable, pour avoir donné ta couleur  particulère à ce blog.

Pour ma part, dans l’avenir, je ferai de mon mieux pour tenir le phare. Et qui sait, peut-être une autre plume de qualité sera mise sur ma route…..

Merci Michel et bon vent!

La fiancée américaineFraserville, aujourd’hui Rivière-du-Loup, Les Lamontagne de génération en génération épousaient une Madeleine. Louis-Benjamin Lamontagne épouse donc une Madeleine venant de d’une famille adoptive du Maine, Madeleine l’Américaine.  Elle avait la  peau pâle, couverte de taches de rousseur, même en plein hiver, et des yeux, des yeux inoubliables couleur sarcelle, couronnée d’une chevelure rousse. C’est en décembre 1918, Louis-Benjamin Lamontagne et sa femme Madeleine l’Américaine attendaient leur premier enfant dans l’hiver glacial et silencieux du Bas-Saint-Laurent. Joseph-Louis-Benjamin Lamontagne naquit le jour de Noël, l’Américaine succomba à son accouchement et son père se jeta dans la rivière un an, jour pour jour après l’arrivée de sa  chère Madeleine, inconsolable, désespéré et résigné.

Louis était un garçon d’une robustesse rare, et fut élevé par sa grand-mère, parmi les cinq enfants qui lui restaient. Doté d’une force herculéenne, on le surnomma rapidement Louis le Cheval Lamontagne, l’homme de fer du Canada. Certains prétendaient que Louis avait acquis ce surnom pour de tout autres raisons. Début 50, Louis épouse Irène Caron, et trois enfants suivront rapidement, Madeleine, Marc et Luc.

« Sur le portrait de famille fait par le photographe Marmen en juin 1968, Louis Lamontagne et sa femme assis sur une causeuse recouverte de tissu à imprimé floral magenta sur fond marron.  Vêtue de noir, Irène a le regard de ceux qui ont perdu un objet important et qui se demandent où ils ont bien pu le fourrer.  Entre les époux, une place vide, assez d’espace pour y asseoir un enfant.  Debout derrière eux, leurs deux enfants plus grands.  D’abord Marc, jeune homme au visage austère et attirant, qui ressemble à s’y méprendre à l’autoportrait de Botticelli : les mêmes lèvres pulpeuses, les mêmes yeux affamés et langoureux, la main sur l’épaule frêle de sa grande sœur Madeleine, droite et fière comme une Lamontagne, bien que chacun sache, sans trop savoir expliquer comment et  pourquoi, que son esprit est occupé à un calcul complexe, comme l’est l’esprit d’une Caron.  Elle  porte une jolie robe pâle. Un collier. Bien coiffée.  Bien sûr qu’elle est jolie ! N’est-ce pas qu’elle ressemble à Mireille Mathieu avec cette coupe carrée ? »

C’est cette toute jeune Madeleine et sa descendance qui nous trimballe dans ce monumental voyage jusqu’à l’aube du XXIe siècle. Un kaléidoscope d’émotions, l’opéra de la Tosca en sourdine, une mystérieuse clé de Fa, un voyage dans le temps, de Rivière-du-Loup, en passant par Montréal, New York, Toronto, Berlin et finalement Rome.

Une inoubliable saga familiale que ce quatrième roman de Dupont, l’apothéose de ces précédents, une brique aux petits caractères, une écriture qu’on lui connaît, simple, limpide, mais surtout captivante. Dupont, finaliste du Prix des Libraires place la barre très haute.

(La fiancée américaine étant mon dernier billet. Un gros merci à tous mes lecteurs.)

Oh dijanMichèle, jeune cinquantaine, divorcée, cofondatrice d’une maison de production. Sa mère, soixante-quinze ans, vogue vers un remariage avec un homme trop jeune. Son père, emprisonné à vie que l’on surnomme le« Monstre d’Aquitaine » pour avoir abattu soixante-dix enfants dans un camp de vacances. Un ex-mari, parfois son meilleur ami, excellent tragédien, son meilleur public leur fils unique. Et ce fils exigeant la paternité d’un enfant qui n’est pas le sien. Tortueusement, Michèle assouvit sa sexualité avec le mari de sa meilleure amie. Mais, une nuit, chez elle, elle est sauvagement attaquée, puis violée.
Elle reçoit un message –«Je t’ai trouvée très étroite, pour une femme de ton âge. Mais bon. » – je tombe à la renverse. J’en ai le souffle coupé. Je le relis deux ou trois fois, puis je réponds : « Qui êtes-vous ?» mais je n’obtiens pas de retour.
Je ne suis ni déchirée, ni meurtrie. Plus ou moins irritée mais ça devrait passer. Je ne pratique pas la sodomie à la moindre occasion, si bien que j’ai légèrement saigné, mais ce n’est pas grand-chose. C’est maigre. Je n’ai aucune image. Le teneur du message, cependant, le ton – l’ironie, le tutoiement – et la tournure méprisante employés me font penser qu’il s’agit d’une punition – forcément liée à mon travail ou aux diableries de mon père – que m’adresse quelqu’un qui me connaît.
Michèle développe des sentiments étranges, pour le moins insolites face à son violeur : Et pourtant cette menace attire, tient en éveil, électrise au plus profond de soi. En fait, là tapi dans l’ombre, qu’il surgisse, et que nous en venions aux mains, que je me mesure à lui, de toutes mes forces, à coup de pied, à coups de poing, à coups de dents, que j’empoigne ses cheveux, que je l’attache nu au bord de ma fenêtre. Seigneur, comment puis-je avoir de si effroyables pensées.
Mais « Oooooh…… » que Djian nous réserve des surprises.
Du Djian, direct, qui étonne, mystifie, sans fioritures, un suspense qui agrippe son lecteur dans un tourbillon abracadabrant, invraisemblable, encore du Djian pure laine. Un finaliste dans de nombreux prix littéraires.

      Il n’y avait qu’une seule vie.  Et j’avais choisi de contourner l’obstacle.  J’avais choisi de déserter.  Je n’en étais pas spécialement fier. Je n’étais pas fait pour le travail et la vie sociale. Comme si quelqu’un l’était. Comme si on avait le choix. En partant pour la Bretagne, j’avais enfoncé le clou.  Je m’étais fabriqué une vie de vacances – et, à ce titre, que mon choix se soit porté précisément sur une ville entièrement vouée au tourisme et rayonnant sur une côte où s’égrainait un chapelet de petites stations balnéaires ne relevait sans doute pas du hasard: j’y menais une vie hors saison, une vie en lisière de la vie.

Notre narrateur, Paul Steiner, quarantaine, auteur d’une dizaine de romans, scénariste de quelques films, issu de  la banlieue parisienne. Aujourd’hui, son monde s’effondre, un divorce, tout disparaît, s’absente. Sa femme, ses deux enfants, sa maison de pierre aux volets lilas. Selon sa femme, Paul n’était qu’un enfant gâté inapte au bonheur et à la légèreté, un type à qui la vie avait tout donné, de l’amour des enfants merveilleux une vie sans contrainte et vouée à l’écriture, et qui n’avait jamais su être à la hauteur de ce qu’on lui offrait.

       Ses parents vieillissants, sa mère hospitalisée, sa maison natale,  le ramène vers cette tristesse  dont les lieux où les souvenirs affluent : leur vie me plongeait dans une mélancolie poisseuse, une nostalgie douloureuse, typiquement le genre d’état que je détestais, qui me fragilisait, me rendait sentimental et me renvoyait une image de moi-même que je vomissais. Là-bas, il redécouvre ses amis du lycée, son amour de jeunesse, sa mère, son père, où « la France était devenu un pays de l’avant, « On n’est plus chez nous ». Il me semblait qu’un pan entier du pays vivait avec un œil dans le rétroviseur, la pédale sur le frein, la nostalgie d’un temps qui n’avait pas existé en bandoulière, du sépia plein les doigts.

       Un douzième roman, pour Olivier Adam, un goncourable non sélectionné, son bilan, son questionnement sur la France, son Paris et sa banlieue, son époque, sa génération, son présent, sa mélancolie. Mon préféré, encore et toujours cette morosité larmoyante qui le stylise si tendrement.

    Une jeune islandaise, dans la trentaine, mariée, traductrice parlant onze langues qui, selon sa mère, a apprises en respirant l’air du temps, un matin  son mari lui annonce : Ça ne va plus, tu es comme un livre fermé, j’ai mal au cœur. Pour une compagne de travail, maintenant enceinte, il la quitte.  Décidément, un jour de malchance, elle y  perd,  son mari et son amant.

« Je feins de ne pas le voir embarquer des livres que j’avais reçus à quelque distribution des prix, pour avoir été bonne en tout, pour n’avoir été particulièrement bonne en rien de spécial, pour avoir du mal à préférer une chose à une autre, pour ne pas savoir exactement ce que je voulais à cette époque de ma vie, ce qui, dans le fond, n’a peut-être pas beaucoup changé. »

Une amie lui confie son fils de quatre ans, Tumi, une tête singulièrement grosse par rapport au tronc fluet, les omoplates un peu en arrière.  Équipées d’un appareil auditif vieillot pour un si jeune enfant, les oreilles décollées dépassent ses cheveux. Le garçonnet porte également des lunettes attachées derrière les oreilles par des branches à ressorts qui voisinent avec les prothèses auditives. Les yeux remplissent presque les verres correcteurs. Son aspect attire l’attention et suscite souvent la compassion.

La traductrice en vacances, trompant les statistiques, gagne deux loteries : je vois s’ouvrir de nouvelles possibilités, de nouveaux plans de voyage.  Peut-être devrais-je tenter de découvrir l’île en hiver, profiter de la clarté déclinante, faire durer le jour si court, esquisser quelques pas hors de la voiture de temps à autre, dans la nature en friche, aller en même temps jusque dans l’est du pays.  Cela fait dix-sept ans que je n’y suis pas retournée. Les deux âmes solitaires partent à l’aventure.

L’auteure de Rosa Candida, prix des Libraires québécois 2011, nous offre ce singulier road trip  rempli de tendresse, d’autodérision, d’humour, une grande qualité difficile à cerner, cette jeune femme, cet enfant qui au fil des pages deviennent si attachants, cette aura de grande générosité, d’insouciance, de liberté, qui au fil des pages ensorcelle son lecteur.